Dépression chronique, des progrès à venir.

La dépression sévère, chronique, a été longtemps (du XIXème à 1980 environ) considérée comme une maladie purement mentale, une névrose. A ce titre, dès le début du XXème siècle, elle était soignée principalement via une thérapie psychanalytique, selon les conseils du célèbre Dr Freud, ce qui en général n’arrangeait pas les choses et durait des années !


Aujourd’hui, même si les mœurs populaires n’ont pas complètement suivi, la médecine sait qu’il n’en est rien, et que la dépression n’est pas un « état psychique » mais bien une maladie due à des dérèglements chimiques dont l’origine n’est pas identifiée même si pour partie la génétique est en cause. Nous ne sommes pas ainsi tous égaux face à la dépression.

Depuis les années 80 (avant cette date la médecine utilisait principalement des opioïdes, même si le premier antidépresseur moderne voit le jour dans les années 60), de nombreuses études se sont orientées vers les neurotransmetteurs, ces molécules chimiques qui permettent une interaction entre 2 neurones, via la synapse. De fait, tous les médicaments de la gamme des antidépresseurs ainsi que les anxiolytiques agissent sur la gestion de divers neurotransmetteurs dont principalement la sérotonine et le Gaba. Mais depuis, il n’y a pas eu de réelles nouvelles avancées, même si différentes molécules ont vu le jour. Cependant, l’OMS note à travers le monde, principalement les pays industrialisés, une augmentation des cas de dépression chronique ! Ce mauvais point à cependant pour effet de réveiller les laboratoires qui peuvent trouver de nouveaux débouchés commerciaux, ainsi que les centres de recherches qui orientent naturellement leurs moyens financiers et humains vers les pathologies les plus répandues.

Dès lors, depuis quelques années, des nouvelles pistes surgissent, loin de donner encore satisfaction c’est un début, et certains spécialistes pronostiques que d’ici 20 à 30 ans, les médecins disposeront d’une pharmacopée efficace pour lutter contre diverses formes de dépression.


Parmi les pistes explorées et donnant des résultats, citons-en 4 :


1/ Des chercheurs s’intéressent particulièrement au nerf vagal, qui a la particularité, entre autres, de relier notre intestin à notre cerveau. Et, il semble, mais la recherche n’en est qu’à ses débuts, que cette liaison joue un rôle important dans la régulation de nos humeurs comme la dépression, l’anxiété, voire l’insomnie. Ainsi, des études menées aux USA, ont permis de montrer qu’une sollicitation électrique du nerf vagal faisait baisser sensiblement la dépression de certaines personnes. A cette fin, des sociétés ont obtenu en 2017 des autorisations de mise sur le marché de petits appareils qui génèrent des excitations électriques en auto-médication, pour le moment accessible uniquement aux USA.

2/ De plus en plus d’études prouvent un lien entre notre intestin (appelé notre deuxième cerveau) et notre cerveau. Ainsi, notre microbiote influencerait de façon positive ou négative nos humeurs, notre état mental. Pour le moment les interactions sont floues, et seuls des résultats empiriques sont constatés, donc impossible de donner une orientation nutritionnelle ou une liste de compléments alimentaires. Cependant cette piste est prometteuse, et il y a fort à parier que d’ici quelques années les médecins ayant à traiter un patient souffrant de dépression accompagneront leur ordonnance de conseils avisés quant au régime alimentaire à adopter. Reste que la difficulté réside aussi dans le fait que chaque personne pourrait avoir besoin d’un régime spécifique. C’est d’ailleurs une des orientations médicales à venir, à savoir des traitements uniques adaptés à chaque patient.

3/ Les antidépresseurs fonctionnent dans bien des cas, environ 60%, mais leur processus est long (4 à 6 semaines), compliqué à doser (la bonne posologie peut nécessiter plusieurs mois à tâtonner), et la réponse patient n’est pas toujours bonne. En milieu hospitalier il est actuellement testé en injection un anesthésique, la Kétamine, qui donne des résultats très bons (80%), et agit en quelques heures. Il est pour le moment utilisé dans les cas sévères, avec risque de suicide, sur des patients n’ayant pas ou peu répondu aux AD classiques. La gestion se fait au cas par cas et il n’existe pas de protocole permettant une éventuelle mise sur le marché d’un tel produit. Néanmoins, le laboratoire médical Janssen annonce pour le courant 2019 une solution sous forme de spray nasal, mais qui dans un premier temps sera réservé au cas les plus graves. C’est néanmoins là encore une nouvelle piste qui pourrait déboucher à terme sur des traitements plus efficaces et plus rapides.

4/ Des études ont mis en avant que les personnes souffrant de dépression avaient dans le sang en quantité plus importante que la moyenne une protéine spécifique appelée Elk1. Il s’avère que cette protéine affecte le signal neuronal et pourrait être à l’origine du moindre effet des antidépresseurs. Des laboratoires mènent actuellement des recherches afin de mettre au point un traitement qui permettra de contrecarrer les effets négatifs d’Elk1. A terme, cette piste pourrait augmenter sensiblement le taux de réussite des AD et peut-être aussi améliorer leurs performances. Enfin, cette découverte ouvre la porte à d’autres pistes.

A n’en pas douter les années à venir verront des progrès notables concernant la prise en charge de la dépression, c’est une bonne nouvelle, même s’il l’on peut penser que malheureusement ce fait traduit aussi l’augmentation des cas…

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